Tendre un arc au bord de l’eau et décocher sur un poisson : la pêche à l’arc, ou bowfishing, tient autant de la pêche que de la chasse. Discipline très répandue en Amérique du Nord, elle reste confidentielle en France, où son cadre réglementaire est étroit. Voici ce qu’elle demande comme matériel, ce qu’elle exige comme technique, et ce qu’il faut vérifier avant d’envisager de la pratiquer.
Qu’est-ce que la pêche à l’arc ?
Le principe est direct : au lieu de présenter un appât et d’attendre une touche, le pêcheur repère un poisson à vue, dans une eau peu profonde et claire, et le tire à l’arc. La flèche est reliée au matériel par une ligne, ce qui permet de ramener la prise après le tir.
C’est une pêche d’approche et d’observation, à l’opposé de la pêche posée. On progresse lentement le long d’une berge ou depuis une embarcation, on scrute la surface, et tout se joue en quelques secondes. Elle demande une bonne lecture de l’eau et une gestuelle sûre, ce qui la rend exigeante malgré son apparente simplicité.
Un matériel qui n’a rien à voir avec le tir sur cible
C’est le point que sous-estiment la plupart des débutants : on ne pêche pas avec le matériel du tir sur cible. Trois éléments changent tout.
L’arc, l’arbalète ou le lance-pierre
Les tirs se font à courte distance, souvent entre trois et huit mètres. On privilégie donc un matériel maniable, tolérant, et surtout qu’on n’a pas peur de mouiller : les arcs recurve simples restent les plus employés, avec des puissances modérées. L’arbalète est également utilisée, sa visée instinctive étant plus facile à prendre en main. Il existe même des montages sur lance-pierre équipé d’un moulinet et d’une ligne, une variante compacte appréciée pour sa légèreté.
Dans tous les cas, le matériel prend l’eau, la vase et parfois le sel. Mieux vaut un ensemble robuste et facile à rincer qu’un équipement de compétition.
La flèche et sa pointe
La flèche de bowfishing est plus lourde et plus rigide qu’une flèche classique, et elle se passe d’empennage : les plumes seraient inutiles sur une trajectoire aussi courte, et gênantes une fois mouillées. Elle est généralement en fibre de verre, pour encaisser les impacts sur les fonds.
La pointe est l’élément déterminant. Elle est munie d’ergots rétractables qui se déploient après la pénétration et empêchent le poisson de se décrocher, tout en pouvant s’escamoter pour le retirer. Ces pointes de pêche à l’arc n’ont rien de commun avec une pointe de tir : leur géométrie est pensée pour tenir la prise, pas pour grouper sur une cible.
Le moulinet et la ligne
Sans lien entre la flèche et l’arc, la prise repart avec le trait. Le moulinet se fixe sur la fenêtre de l’arc ou sous le fût de l’arbalète. On en trouve trois familles : le tambour simple, sur lequel la ligne est enroulée à la main, le moulinet à barillet, plus rapide à réarmer, et le moulinet à récupération classique, plus confortable mais plus fragile en milieu humide.
La ligne, elle, est nettement plus grosse qu’une ligne de pêche traditionnelle : elle doit encaisser l’à-coup du départ de la flèche, qui n’a rien de progressif.
Le vrai obstacle : viser sous l’eau
C’est la difficulté qui fait rater les premiers tirs, et elle n’a rien à voir avec l’adresse. La lumière change de direction en passant de l’air à l’eau : le poisson que vous voyez n’est pas là où il paraît être. Il est en réalité plus bas et plus loin que son image.
La règle empirique retenue par les pratiquants est de viser sous le poisson, d’autant plus bas que l’angle de tir est rasant et que le poisson est profond. Certains parlent d’une dizaine de centimètres sous la cible pour un poisson à faible profondeur, davantage au-delà. Il n’y a pas de formule qui remplace l’expérience : c’est en tirant, et en corrigeant, qu’on cale son repère.
Deux conséquences pratiques : approchez-vous autant que possible pour réduire l’angle, et tirez depuis une position haute quand vous le pouvez, la déviation étant plus faible à la verticale.
Ce que dit la réglementation
C’est le point à traiter avant d’acheter quoi que ce soit. La pêche à l’arc s’est développée aux États-Unis, où elle est encadrée mais largement pratiquée, notamment sur des espèces considérées comme envahissantes. En France, le cadre est bien plus restrictif : les modes de capture autorisés sont énumérés par la réglementation, et l’arc n’y figure pas parmi les engins couramment admis pour la pêche en eau douce.
Autrement dit, il ne suffit pas de détenir une carte de pêche pour pratiquer. Les règles varient selon le domaine (eau douce ou maritime), le département, la catégorie du cours d’eau et l’espèce visée, et elles évoluent. Adressez-vous à votre fédération départementale de pêche ou aux services de l’État compétents avant toute sortie, et considérez qu’à défaut d’autorisation explicite, la pratique n’est pas permise.
Nous détaillons le cadre général des autorisations, des périodes et des engins dans notre article sur la législation sur la pêche.
Le reste de l’équipement
Au-delà de l’ensemble de tir, une sortie en bowfishing suppose le même matériel que n’importe quelle pêche d’approche : des lunettes polarisantes, qui suppriment les reflets et sont ici indispensables puisque tout repose sur la vue ; des vêtements qui supportent l’eau ; et de quoi manipuler la prise.
Un couteau outdoor à lame courte trouve vite sa place dans le sac : dégager une pointe, sectionner une ligne emmêlée, préparer une prise. Prévoyez également des gants, les ergots des pointes étant coupants au démontage.
Nos conseils pour débuter
- Réglez la question légale d’abord. C’est ce qui détermine si, où et sur quelles espèces vous pouvez pratiquer.
- Entraînez-vous sur cible immergée. Une bouteille lestée dans un fond clair vous apprendra la correction de visée sans risque et sans prise.
- Commencez à faible puissance. À ces distances, la vitesse ne manque jamais ; la maîtrise, si.
- Ne tirez jamais vers une surface dure. Une flèche qui ricoche sur un rocher ou une eau trop plate repart de façon imprévisible.
- Rincez tout à l’eau claire en fin de sortie, moulinet compris, surtout après une sortie en eau salée.
La pêche à l’arc n’est pas une pêche de rendement : on rentre souvent bredouille, et c’est une discipline où l’observation compte davantage que le tir lui-même. C’est aussi ce qui en fait l’intérêt pour qui a déjà exploré les techniques classiques et cherche une approche différente du bord de l’eau.

